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Quand la politique rejoint le sport

Il y a plus d’un an, Colin Kaepernick refusait, pour la première fois, de se lever durant l’hymne national américain. Il a littéralement débuté un mouvement qui est encore d’actualité aujourd’hui.

Kaep a commencé par s’asseoir durant l’hymne, car il affirme que les États-Unis oppriment les Noirs et les personnes de couleur en général. Son discours d’après-match du 26 août 2016 était net et précis, selon Steve Wyche de NFL.com : « I am not going to stand up to show pride in a flag for a country that oppresses black people and people of color. » Il faut se rappeler que Kaepernick a commencé ce mouvement lorsque plusieurs policiers tiraient rapidement sur des « suspects » noirs. Même que souvent, ces mêmes suspects étaient en réalité innocents.

Maintenant, l’ancien membre des 49ers n’est plus seul. Il y a plusieurs joueurs dans chaque équipe qui déposent un genou au sol durant l’hymne. Et il ne s’agit plus que du respect des droits des Noirs et des personnes de couleur : il s’agit de protéger les droits que possèdent tous et chacun. Il s’agit de s’unir.

Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu un sujet lié au sport avec des opinions aussi partagées. Plusieurs Américains sont fâchés par ce geste qu’ils jugent « de manque de respect envers les vétérans de guerre », ceux qui risquent leur peau pour ce pays, pour ce drapeau. En réalité, les protestants de la NFL n’ont aucune intention de viser les vétérans, ils les respectent au plus haut point. Même que certains de ces vétérans sont d’accord avec l’opinion des joueurs qui protestent.

Un autre argument des Américains frustrés est qu’on ne devrait pas lier sport et politique. Sauf que Colin Kaepernick voulait trouver un moyen de se faire entendre de façon pacifique. En posant son genou au sol pendant l’hymne, il se fait regarder par des millions de téléspectateurs à travers le monde. D’autant plus qu’il a tous les droits de commettre cet acte. Même l’ancien président Barack Obama a affirmé que Kaepernick exerçait son droit constitutionnel de protester. Où est le problème ? La situation devient ironique. Ces Américains frustrés demandent à Kaepernick – et tous ceux qui protestent – de respecter le drapeau d’un pays qui donne le droit à tous de s’exprimer. Pourtant, lorsque ces joueurs s’expriment, on les réprimande. Ont-ils vraiment le droit de s’exprimer comme ils le souhaitent ?

D’autant plus que l’ancien quart-arrière des 49ers n’a toujours pas signé de contrat avec une équipe. Pourtant, il est un quart décent : il a déjà mené son équipe au SuperBowl. Il est bien meilleur que l’ensemble des quarts réservistes, et meilleur que quelques quarts partants. Personne ne va me faire croire qu’il est sans emploi en raison de son talent. En 2016, il a terminé la saison avec 16 passes de touché pour 4 interceptions. Ces chiffres sont respectables, surtout pour un joueur d’une organisation médiocre. S’il n’avait pas protesté, il aurait assurément un emploi dans la NFL à ce jour. Il est là le problème. En 2017, personne ne devrait avoir peur de s’exprimer (de façon pacifique) au point de perdre son emploi. Pourtant, si vous demandiez à Kaepernick, il vous dirait sans aucun doute qu’il ne regrette pas son geste. Il l’a dit lui-même que ça le dépasse, ça dépasse le football.

Là où cette nouvelle devient de l’actualité est lorsque Donald Trump a fait une déclaration controversée, fidèle à son habitude. Il a tout simplement démoli les joueurs protestants : « N’aimeriez-vous pas que les propriétaires des équipes de la NFL disent, lorsqu’un joueur manque de respect à notre drapeau, de sortir ce fils de p*te du terrain ? Dehors, renvoyé. » Des propos pour le moins bouleversants. Trump n’a que mis de l’huile sur le feu. Les joueurs voudront encore plus démontrer à Trump que c’est ça, le problème. Pourquoi ces joueurs devraient être renvoyés pour simplement avoir exprimé leur mécontentement ?

Face aux propos du président américain, on sent que tous les sportifs, peu importe le sport, se serrent les coudes. D’abord, Stephen Curry refuse d’aller à la maison blanche, comme le voulait la tradition que chaque équipe championne des sports majeurs en Amérique du Nord y était invitée. Ensuite, LeBron James dénigre Trump, en affirmant que ce n’est plus un honneur de suivre la tradition depuis qu’il est en poste. De plus, Bruce Maxwell est devenu le premier joueur de la MLB à s’agenouiller pendant l’hymne. Roger Goodell, la NFLPA, Martellus Bennett, Reggie Bush, Eric Ebron, Richard Sherman, Aaron Rodgers, Tom Brady et une trentaine d’autres sportifs ont répondu à Trump. Rishard Matthews, des Titans du Tennessee, portera des souliers où les phrases « we are one » (nous sommes unis) et « we all bleed the same » (nous saignons de la même couleur) seront mises en évidence.

Chaussures de Rishard Matthews aujourd’hui

La cause dépasse le sport. Stevie Wonder s’est posé sur ses deux genoux, hier, en soutien pour l’Amérique pendant le Global Citizens Festival. Mais, pour revenir au football, on a bien vu ce matin que tout le monde est devenu encore plus uni. Les Ravens de Baltimore jouaient contre les Jaguars de Jacksonville, à Londres (match présenté à 9h30). Pendant l’hymne national, les joueurs avaient soit un genou au sol, soit un poing dans les airs ou encore les bras entrelacés les uns les autres. Même les membres du personnel étaient impliqués. Il ne semblait pas y avoir un seul joueur qui ne démontrait aucun signe de soutien. Ça devrait se poursuivre cet après-midi lors des autres matchs de la NFL.

Il n’y a aucun problème à ce que les opinions sur les protestants soient partagées. Le souci commence lorsque ces mêmes protestants sont verbalement attaqués et menacés de perdre leur emploi. Le fait que plusieurs Américains – dont le président – se plaignent du fait que des athlètes utilisent leur liberté expression prouve qu’il y a un problème au niveau des droits aux États-Unis. C’est en voyant des réactions comme celles de Trump qu’on réalise que Colin Kaepernick a débuté un mouvement beaucoup trop important pour le passer sous le silence. Un mouvement qui persistera autant dans le football que sur d’autres scènes publiques tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas de changement chez nos voisins du sud. Un mouvement qui dépasse le sport.

Crédit photo : foxnews.com

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