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Lettre ouverte à Alex Harvey

Par François Carabin

Oui, ça fait mal, Alex.

Tes chaudes larmes après la course de vendredi, personne ne te les reprochera. Peut-être même que certains spectateurs Québécois, les yeux grands ouverts à deux heures du matin, en ont versé quelques-unes avec toi.

Je ne veux pas trop parler des trois athlètes qui t’ont précédé. Tu l’as dit toi-même: ce serait presque décevant de les voir être testés positifs. Tu aimes beaucoup trop ton sport pour le voir être grugé de l’intérieur pour une deuxième quinzaine de suite. Je dois dire que cette humilité m’impressionne.

Personne ne veut se relever à la fin d’une course olympique et apercevoir le fatidique chiffre “quatre” à côté de son nom. C’est celui qui goûte le plus mauvais, qui est le plus incolore. Mais je te garantis que les curieux qui ont veillé pour te voir vendredi soir ne retiendront pas uniquement ce maudit numéro.

Il y a une image, plus que tout, qui s’inscrit dans ma mémoire. Elle ne peut pas être délogée.

Cette image, c’est celle du petit Québécois de Saint-Ferréol-les-Neiges qui, poussée après poussée, se hisse devant l’invincible et robotique Norvégien Martin Johnsrud Sundby. Celle d’un athlète poussé à sa limite qui franchit la ligne rouge devant un intraitable adversaire.

Cette image, c’est aussi celle d’un petit homme qui, dès son adolescence, consacre l’entièreté de son temps à exceller dans le sport de son paternel. Celle de l’un des meilleurs espoirs du ski de fond canadien, qui, à peine âgé de vingt ans met le sport sur la carte grâce à des performances magiques en Coupe du monde.

Enfin, cette image, c’est celle d’un Alex Harvey, dans la meilleure forme de sa carrière, qui supplante l’un des skieurs les plus redoutables au monde. Celle de l’athlète de ski de fond canadien le plus dominant que j’ai eu la chance de voir en piste.

Ta déception va de soi. Tout était en place pour monter sur le podium. Tout était en place pour faire avancer ce sport qui occupe ta vie depuis vingt ans, ce sport que tu aimes, qui peut te transporter dans les nuages comme il peut te frapper au coeur.

Mais cette victoire, même si tu n’es probablement pas encore prêt à l’appeler comme ça, fera son petit bout de chemin. Dans les centres de ski, dans les arrières cours enneigés, ce sprint épique viendra faire son nid chez les petits skieurs.

« Le but de la médaille d’or en 2010? Impressionnant. La dernière descente olympique d’Alexandre Bilodeau? Superbe. Mais moi, quand je serai grand, je veux être comme Alex Harvey. »

Peut-être que dans dix ans, ces petits skieurs devenus grands remporteront des championnats du monde, des coupes du monde, des épreuves olympiques. Tu pourras y trouver un peu de fierté, même si, dans ton humilité, tu rejetterais probablement ces fleurs.

Maintenant, il te reste des compétitions. Fidèle à toi-même, tu vas sans doute performer à fond. Tu ne saurais faire autrement. Je te souhaite toutes les médailles du monde pour le reste de la saison.

Et, loin de moi l’idée de jeter le blâme sans preuve, mais, comme tu l’as si bien dit, peut-être recevras-tu un paquet plus que spécial dans ta boîte aux lettres d’ici quelques mois…

Merci Alex Harvey !

Crédit photo : www.news.cn

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